Janvier est là et avec lui son lot de bonnes intentions et résolutions !… Mais malheureusement, le cadeau bonus qui va avec :  une voix intérieure particulièrement désagréable et despotique.

Je suis sûre que tu vois de laquelle je parle. Celle qui murmure ou qui hurle : « « Franchement, t’abuses », « Il serait temps de te reprendre », « Regarde-toi t’as encore grossi : pas encore maigrir » (rayer la mention inutile !)… ».
Tu vois ce genre de voix , dénuée de tact, de douceur et de bienveillance…

 

En Janvier, beaucoup de personnes se sentent fatiguées, déprimées ou bien encore moralement à plat, sans toujours en comprendre les raisons.
Cette déprime de janvier est fréquente, mais elle est rarement expliquée autrement que par le froid ou le manque de lumière.

Ce qui est frappant en consultation, c’est que janvier n’est pas seulement le mois des résolutions.
C’est surtout le mois où l’on devient son propre harceleur intérieur, sans même s’en rendre compte. On se parle mal, on se fait violence, on se prive, on se critique ….

Et non, ce n’est pas un manque de volonté.
C’est beaucoup plus sournois que ça.

 

Janvier, terrain idéal pour l’auto-critique (un vrai spa pour le juge intérieur)

 

Janvier cumule absolument tous les ingrédients psychologiques pour réveiller la voix critique.

D’abord, une fatigue physique et mentale post-fêtes. Digestion mise à rude épreuve, sommeil décalé, surcharge sociale, émotions en vrac. Le corps et la tête n’ont pas encore raccroché les wagons que le quotidien exige déjà un retour à la normale.

Ensuite, le retour brutal au réel. Reprise du travail, obligations, réveil à heure fixe, mails accumulés. Janvier n’arrive pas doucement, il débarque sans prévenir.

À cela s’ajoute une avalanche de comparaisons. Corps, énergie, motivation, productivité, “bonne reprise”. On se compare aux autres, mais aussi à une version fantasmée de soi-même, censée être plus disciplinée, plus mince, plus performante.

Et puis il y a cette idée étrange qu’il faudrait « annuler décembre », comme on annule un abonnement inutile. Effacer les excès, gommer les plaisirs, repartir de zéro.

Ajoute à tout ça les discours ambiants du type « nouvelle année, nouveau toi », « reset », « reprends le contrôle », et tu obtiens un cocktail parfait pour l’auto-flagellation psychique.

J’en parle aussi dans mes articles sur les résolutions et la pression du début d’année dans l’article sur les résolutions.

 

Ce climat global explique en grande partie pourquoi la déprime de janvier est si répandue, y compris chez des personnes qui vont plutôt bien le reste de l’année.

Résultat : on se parle mal.Très mal.
Parfois pire que ce qu’on oserait dire à quelqu’un qu’on déteste franchement.

 

Blue Monday : mythe marketing, effets bien réels

 

Chaque année, le troisième lundi de janvier est présenté comme le fameux « Blue Monday », censé être le jour le plus déprimant de l’année.

Sur le plan scientifique, ce concept ne repose sur rien de solide. Il est né d’une campagne de communication, pas d’une recherche sérieuse.

Mais attention : même si le concept est artificiel, son impact psychologique, lui, est bien réel.

Quand on te répète qu’aujourd’hui est le jour le plus déprimant de l’année, ton cerveau peut l’intégrer, se sentir autorisé à aller mal, et renforcer un discours intérieur déjà négatif. C’est une forme de prophétie auto-réalisatrice.

Et comme janvier est déjà un mois propice à l’auto-critique, ajouter une date officielle à la morosité ambiante ne fait qu’appuyer là où ça fait mal.

’explique plus en détail le mythe du Blue Monday dans cet article : Blue Monday : mythe marketing ou vraie déprime?

 

Dry January : pause choisie ou nouvelle pression de plus ?

 

Autre phénomène très présent en janvier : le Dry January. J’en avais d’ailleurs parlé dans cet article spécifiquement , ici.

L’intention de départ peut être saine. Faire une pause, questionner son rapport à l’alcool, récupérer physiquement après les fêtes.

Mais chez certaines personnes, notamment celles qui ont un rapport compliqué au contrôle, cette démarche peut rapidement devenir une nouvelle injonction rigide : zéro alcool, zéro écart, zéro tolérance.

Le problème n’est pas d’arrêter de boire ou non.
Le problème, c’est la logique du tout ou rien, très active en janvier, qui transforme une expérience ponctuelle en épreuve de valeur personnelle.

Et quand le cadre n’est pas tenu parfaitement, la voix intérieure se déchaîne.

 

Cette voix dure n’est pas là par hasard

 

C’est essentiel de le rappeler : se parler durement n’est pas un défaut de caractère.

Dans beaucoup de cas, cette voix a une fonction, même si elle est maladroite. Elle tente de reprendre le contrôle après une période vécue comme débordante. Elle cherche à éviter le chaos, à prévenir le dérapage, à maintenir un semblant de sécurité.

Le problème, c’est que ce qui devait aider finit par écraser.

La critique ne motive pas. Elle paralyse.
Elle ne structure pas. Elle rigidifie.

Et surtout, elle entretient un climat intérieur anxiogène, où chaque choix devient potentiellement « mal ».

 

Auto-critique et illusion de motivation

 

Beaucoup de personnes pensent, souvent inconsciemment :
« Si je suis assez dur(e) avec moi-même, je vais enfin changer. »

En réalité, l’auto-critique excessive augmente le stress, l’évitement et les comportements de compensation. Elle donne parfois l’illusion d’un contrôle, mais rarement des changements durables.

Se parler comme un sergent-chef épuisé n’a jamais aidé quelqu’un à aller mieux sur le long terme.

 

Quand ce discours intérieur aggrave les troubles alimentaires

 

Chez les personnes concernées par des troubles du comportement alimentaire, janvier est un mois particulièrement sensible.

Le schéma est fréquent :auto-critique intense, contrôle ou restriction, épuisement, perte de contrôle, culpabilité, puis retour de la critique, encore plus violente.

Ce n’est pas un problème de volonté : c’est un système.

Janvier agit alors comme un amplificateur : tout ce qui était déjà fragile devient plus bruyant.

 

Se parler autrement, sans tomber dans le « bullshit  » bien-être

 

Changer de ton ne veut pas dire se forcer à être positif ou nier ses difficultés.

Il s’agit simplement de réduire la violence intérieure.

Par exemple, « je suis nul(le) » peut devenir « je traverse une période difficile ».
« J’ai tout gâché » peut devenir « ce n’est pas confortable, mais ce n’est pas une faute morale ».
« Je n’ai aucune discipline » peut devenir « je suis fatigué(e) et j’essaie de faire avec ce que j’ai ».

Ce n’est pas de la complaisance; c’est du réalisme psychique ! 😉

 

Et si janvier n’était pas le problème ?

 

La déprime de janvier n’est pas un échec personnel.
C’est souvent le résultat d’une fatigue accumulée, d’une pression sociale forte et d’un discours intérieur devenu trop dur.

Janvier n’est pas cruel. : il est juste révélateur.

Ce qui fait mal, ce n’est pas le mois.
C’est la manière dont on se parle .

Avant de vouloir changer son alimentation, son corps ou sa vie  (rayer la mention inutile) en janvier, il y a peut-être une première étape, simple et radicale à la fois :
arrêter de se parler comme à quelqu’un qu’on n’aime pas.

Ce n’est pas spectaculaire. Ce n’est pas Instagrammable. Mais c’est souvent là que tout commence…

Et franchement, pour un mois déjà long, froid et sombre…
on peut au moins se foutre la paix intérieurement.