Il y a des jours où certaines femmes ont l’impression d’avoir dix choses à penser en même temps : le rendez-vous chez le dentiste, le message auquel il faut répondre., les courses à faire, le dossier à terminer, le repas du soir, les devoirs des enfants, le linge qui attend, le cadeau d’anniversaire à acheter, le rendez-vous médical à ne pas oublier, etc. (évidemment liste non exhaustive !)

Et au milieu de tout ça, une petite voix intérieure qui murmure parfois : « T’es nulle ou quoi ? Tu pourrais quand même mieux t’organiser. »

Eh oui, comme si le problème venait d’un manque de discipline.

Alors que bien souvent, le problème est beaucoup plus simple et devant nos yeux: la fameuse To-do liste est devenue impossible.

Lors des consultations, j’entends ce genre de phrase tous les jours : « Je suis épuisée… et pourtant j’ai l’impression de ne jamais en faire assez. »

En cette Journée internationale des droits des femmes, on parle beaucoup d’égalité, de droits et de progrès.

J’avais d’ailleurs déjà abordé dans un précédent article  la question du vécu féminin à différents moments de la vie – de la naissance à la ménopause – dans un autre article consacré à la Journée des droits des femmes.

Mais on parle moins d’un phénomène très concret que beaucoup de femmes connaissent bien : la charge mentale des femmes, cette fatigue mentale d’avoir toujours quelque chose à gérer. Avec en prime cette impression étrange de courir toute la journée… tout en ayant le sentiment de ne jamais en faire assez.

 

La fameuse charge mentale des femmes : penser à tout, tout le temps

 

Le terme de charge mentale a été introduit dans les années 1980 par la sociologue Monique Haicault pour décrire un phénomène très particulier : le travail invisible d’organisation du quotidien ; en gros je résume : ce n’est pas seulement faire les choses. C’est aussi et surtout penser à les faire. Exemples : penser qu’il faut racheter du dentifrice, se souvenir du rendez-vous chez le dentiste, anticiper le repas du soir, prévoir les courses, organiser les vacances, vérifier les devoirs, penser au cadeau d’anniversaire… (encore une fois, liste non exhaustive !)

Bref, être la cheffe d’orchestre invisible du quotidien. C’est exactement ce qu’on appelle aujourd’hui la charge mentale des femmes : devoir penser à tout, souvent pour tout le monde.

Or, plusieurs études montrent que les femmes continuent de porter une grande partie de cette organisation domestique. En France, par exemple, elles consacrent encore nettement plus de temps que les hommes aux tâches domestiques et familiales (Observatoire des inégalités, 2023).

En résumé ce qui fatigue le plus les femmes, ce n’est pas toujours l’action ; c’est aussi et surtout la responsabilité mentale de devoir tout anticiper.

 

Le sentiment de ne jamais être “assez”

 

À cette fatigue s’ajoute souvent un autre phénomène psychologique typique chez les femmes : le sentiment de ne jamais être suffisamment bien et/ou de ne jamais en faire assez ! : pas assez mince, pas assez organisée, pas assez patiente, pas assez disponible, pas assez performante… (toujours liste non exhaustive !)

Et pourtant les femmes font déjà énormément… et ont malgré tout l’impression de ne pas en faire assez. C’est un peu comme si la société avait inventé un métier fictif en sus de leur métier : directrice générale de la vie quotidienne de tout le monde ! Avec des compétences requises assez larges : gestion du foyer, organisation familiale, soutien émotionnel, carrière professionnelle, maintien d’une vie sociale, et si possible une alimentation équilibrée, du sport et un sommeil de qualité.

(Accessoirement, il faudrait aussi rester calme et souriante…mais c’est pas toujours facile j’avoue !)

 

Les injonctions contradictoires

 

Le problème, c’est que les attentes adressées aux femmes sont souvent contradictoires. On leur demande d’être : ambitieuses, mais pas trop ;
indépendantes, mais disponibles ; mères investies, mais professionnelles performantes ; naturelles, mais toujours séduisantes ; détendues… tout en gérant parfaitement leur organisation… (liste non exhaustive toujours et encore !)

Autrement dit, un exercice d’équilibriste permanent. (non seulement faut pas tomber mais en plus faut pas avoir le vertige !)

Alors, quand les règles du jeu sont impossibles à respecter, beaucoup finissent par penser que le problème vient d’elles. Est-il utile de rappeler que le problème vient du « jeu » lui-même ?…

 

Quand la pression finit par passer par le corps

 

Dans mon travail de psychologue spécialisée dans les troubles alimentaires, je vois souvent un phénomène particulier : quand la pression est trop forte, beaucoup de femmes finissent par diriger toute l’exigence vers elles-mêmes : «  Si j’étais plus mince… », « Si j’avais plus de volonté… », « Si j’étais plus disciplinée… » … (liste non exhaustive !)

Le corps devient alors le lieu où s’exprime une tension beaucoup plus large : fatigue, culpabilité, perfectionnisme, pression sociale… (liste …. Oui vous avez deviné … non exhaustive !)

 

La femme “Shiva” du quotidien

 

Parfois, certaines femmes ont l’impression d’être un peu comme Shiva, vous savez la divinité représentée avec plusieurs bras ? : une main pour le travail, une main pour les enfants, une main pour les courses, une main pour les rendez-vous, une main pour la maison, une main pour les émotions des autres, une main pour … (eh oui encore une liste non exhaustive !)

Sauf que dans la vraie vie, nous, on en a que deux, des mains !

 

A présent j’aimerais m’adresser directement à vous, mesdames :

Si vous avez parfois l’impression de courir toute la journée sans jamais arriver au bout de votre liste…
si vous avez le sentiment de devoir penser à tout, anticiper tout, gérer tout…
et si, malgré tout cela, vous avez encore l’impression de ne pas en faire assez…

Alors peut-être qu’il est temps de vous lâcher un peu la grappe !

Oui, vraiment.

Vous n’êtes pas obligée d’être parfaite.
Vous n’êtes pas obligée que tout soit toujours impeccable.
Vous n’êtes pas obligée de porter seule toute l’organisation du monde sur vos épaules.

Vous avez le droit d’être fatiguée.
Vous avez le droit de ne pas tout gérer.
Vous avez le droit de remettre certaines choses à demain.

Vous avez aussi le droit de déléguer ! Mais aussi :

De demander de l’aide.
De faire participer le conjoint.
De confier certaines responsabilités aux enfants quand c’est possible.
De partager un peu cette fameuse charge mentale qui, sinon, finit par peser très lourd !

(Liste non exhaustive aussi !)

 

Parce qu’une famille, un couple, un foyer… ce n’est pas une personne qui porte tout pendant que les autres regardent. C’est un équilibre qui se construit à plusieurs.

Alors peut-être que, pour cette Journée internationale des droits des femmes, le plus beau cadeau que vous pourriez vous faire serait simplement celui-ci : un peu plus d’indulgence envers vous-même !

(Ça vous évitera pas mal de séances de thérapie, parole de psy !)