Chaque année, à l’approche d’Halloween, les vitrines se remplissent de citrouilles, de sorcières, de fantômes et autres créatures plus ou moins sympathiques. On ressort les films d’horreur, on décore les maisons, on achète des bonbons (que l’on commence parfois à manger bien avant le 31 octobre… mais chut !). Bref, on joue à se faire peur. Et finalement, c’est plutôt amusant !

Mais si les véritables monstres n’étaient pas ceux que l’on croise à Halloween ?

Et si les plus effrayants étaient ceux qui nous accompagnent discrètement tout au long de l’année, bien installés dans notre tête ? 😉
Car notre cerveau, lorsqu’il s’agit d’inventer des scénarios catastrophes, possède parfois une imagination qui ferait pâlir les meilleurs réalisateurs de films d’horreur !

 

Les monstres dans notre tête : quand notre cerveau nous raconte des histoires

 

Vous connaissez probablement cette petite voix intérieure qui adore imaginer le pire. Mais si ! Vous savez comme quand votre patron souhaite vous parler ? Vous êtes persuadé d’avoir commis une erreur. Ou bien quand un proche ne répond pas à votre message ? Vous imaginez qu’il vous en veut. Ou bien encore lorsque vous ressentez une douleur inhabituelle ? Votre cerveau a déjà consulté mentalement tout le catalogue des maladies possibles ! Bref, bienvenue dans le monde des pensées catastrophiques !

En effet notre cerveau possède un système de détection des menaces particulièrement efficace. C’est même une excellente chose : sans lui, nos ancêtres auraient probablement eu quelques difficultés à survivre face aux prédateurs. Seulement voilà, aujourd’hui, il lui arrive de confondre un véritable danger avec une situation simplement inconfortable ou incertaine…

Résultat : nous anticipons, nous imaginons, nous ruminons… et finissons parfois par avoir davantage peur de ce qui pourrait arriver que de ce qui arrive réellement (c’est ballot !)
Le problème n’est pas d’avoir peur ; c’est lorsque cette peur commence à décider à notre place. On évite certaines situations, on cherche constamment à être rassuré, on tente de tout contrôler. Mais, car oui il y a un mais, mais plus on évite ce qui nous inquiète, moins on a l’occasion de découvrir que nous pourrions peut-être y faire face… (Oui, c’est re ballot !)
Finalement, nos monstres intérieurs n’ont pas besoin de crocs pour nous compliquer la vie !

 

Les masques d’Halloween… et ceux que nous portons toute l’année

 

À Halloween, tout le monde se déguise (enfin presque , même si certains n’en ont même pas besoin, mais ça c’est un autre sujet!) : on devient vampire, sorcière, zombie ou personnage fantastique. En un mot, pendant quelques heures, on s’amuse à être quelqu’un d’autre…
Mais au fond, avons-nous vraiment besoin d’attendre le 31 octobre pour porter un masque ?

Combien de fois répondons-nous « ça va ! » alors que nous sommes épuisés ? Combien de fois sourions-nous pour ne pas inquiéter notre entourage ? Combien de fois faisons-nous semblant d’être sûrs de nous alors que nous doutons profondément ?
Ces masques sociaux ne sont pas nécessairement problématiques ; non,  ils font aussi partie de la vie en société : nous n’avons ni l’envie ni l’obligation de dévoiler toutes nos émotions à tout le monde (et heureusement, certaines réunions de travail deviendraient franchement compliquées ! moi j’dis ça j’dis rien).

Mais, car oui il y a encore un mais, mais lorsque nous avons constamment peur de décevoir, de déranger ou de ne pas être suffisamment bien, eh bien le masque peut finir par devenir pesant…
Résultat : on cherche alors à être irréprochable, à répondre aux attentes des autres, à dissimuler ses fragilités. Et parfois, à force de vouloir présenter une version acceptable de soi-même, on ne sait plus très bien ce que l’on ressent réellement (c’est re re ballot !).
Et si, cette année, Halloween nous donnait l’occasion de nous poser une question, cela pourrait être : quel masque aimerions-nous pouvoir enlever, ne serait-ce que de temps en temps ?

 

Et les bonbons dans tout ça ? Les autres monstres d’Halloween !

 

Impossible de parler d’Halloween sans évoquer les bonbons ! (ou sinon je vous jette un sort!)
Car pour certaines personnes, le véritable film d’horreur ne commence pas devant un vampire ou une maison hantée, mais devant un saladier rempli de chocolats, de caramels et de sucreries : « C’est plein de sucre ! », « Je vais grossir ! », « Je ne devrais pas en manger ! », « Si je commence, je ne vais plus pouvoir m’arrêter ! »

Et voilà comment une simple poignée de bonbons peut déclencher une véritable bataille intérieure (c’est triste !)…

Dans notre société, certains aliments sont devenus de véritables personnages de films d’horreur. Et en tête de liste depuis quelques années , j’ai nommé : le sucre … Ah bah oui si vous ne le saviez pas , le sucre serait dangereux, le chocolat ferait grossir, les bonbons seraient à bannir…(Super ! et surtout super faux et même super dangereux ! )

À force de classer les aliments entre les gentils et les méchants, nous finissons parfois par oublier qu’ils ne possèdent aucune intention morale et que toutes ces injonctions sont basées sur de la restriction cognitive , mais ça nous l’aborderons dans un autre article (ouai je fais un teaser ! )!

Je rappelle qu’un bonbon n’est ni une récompense pour avoir été sage, ni une faute pour laquelle il faudrait se punir.

Bien sûr, notre alimentation a une importance pour notre santé, mais manger ne se résume pas à additionner des nutriments et compter des calories ; c’est aussi une histoire de plaisir, de convivialité, de culture et de souvenirs ! (Désolée mais il fallait que je le rappelle !)
Car lorsqu’un aliment devient interdit, il peut prendre une place disproportionnée dans nos pensées; en effet chez certaines personnes, et beaucoup de mes patients, notamment lorsqu’elles entretiennent une relation difficile avec l’alimentation, la restriction et la culpabilité peuvent contribuer à entretenir un cercle vicieux : envie, consommation, culpabilité, nouvelles restrictions…c’est que j’entends tous les jours pendant mes consultations …

Alors, s’il vous plait, ce soir, à Halloween, pourquoi ne pas laisser les enfants profiter de leur récolte sans transformer chaque friandise en débat nutritionnel et aussi pourquoi ne pas nous accorder, nous aussi, le droit de manger quelques bonbons sans convoquer immédiatement notre tribunal intérieur ?!

 

Et si nous arrêtions de nourrir nos monstres ?

 

Finalement, qu’il s’agisse de nos pensées catastrophiques, des masques que nous portons ou de notre culpabilité alimentaire, un même mécanisme peut parfois se retrouver : la PEUR.  Et parmi ses différents thèmes on peut nommer la peur de perdre le contrôle, de ne pas être à la hauteur ou de faire quelque chose de mal… (liste non exhaustive !)

Nous essayons alors de nous rassurer en contrôlant davantage : nos émotions, notre image, notre alimentation, notre avenir… Mais à vouloir tout maîtriser, nous risquons surtout de nous épuiser. L’objectif n’est évidemment pas de ne plus jamais avoir peur, de dire systématiquement tout ce que nous pensons ou de manger des bonbons du matin au soir ! Il s’agit plutôt d’apprendre à reconnaître nos peurs, à les questionner et à ne pas leur obéir automatiquement mais bel et bien de les remettre en question, et c’est là justement ce que l’on travaille ensemble en séance 😉

Alors cette année, profitez d’Halloween pour frissonner devant un bon film, vous déguiser si le cœur vous en dit et savourer quelques friandises si vous en avez envie !
Et surtout, rappelez-vous une chose : les monstres les plus encombrants ne sont pas toujours ceux qui se cachent sous notre lit mais bel et bien ceux auxquels nous avons laissé un peu trop de place dans notre tête.

Affreux Halloween à tous !