Quand le développement personnel devient une marchandise
On pourrait en rire, si ça ne faisait pas autant de dégâts : aujourd’hui, sur Instagram, TikTok ou YouTube, perdre du poids suffit à décrocher un titre auto-proclamé de coach en bien-être, guide holistique, mentor alimentaire ou thérapeute de la lumière.rs
Ces derniers mois, les programmes de perte de poids pullulent sur Instagram et TikTok, et beaucoup de personnes s’y fient aveuglément.
Tu as perdu 10 kilos ? Félicitations ! Tu es maintenant en droit de vendre un e-book, lancer un programme perte de poids sur Instagram et TikTok, partager ta méthode miracle, et surtout, donner des conseils à des inconnus sur leur santé mentale et physique.
Mais non. Juste non.
Ce phénomène des programmes de perte de poids sur Instagram et TikTok me met hors de moi. Pas parce que je suis jalouse (spoiler : j’ai moi aussi perdu du poids, et je n’ai rien vendu). Mais parce que je vois, chaque semaine, en visio, des patient·es qui ont cru à ces sirènes-là. Et qui en ressortent paumés, culpabilisés, épuisés, parfois en rechute complète.
- Perdre du poids ≠ avoir un diplôme
Je vais être claire : ton parcours est respectable. Courageux, même. Mais ce n’est pas un passeport pour coacher des gens.
Tu peux inspirer, tu peux partager, tu peux témoigner. Mais l’accompagnement, ça ne s’improvise pas. C’est un métier. Avec un cadre, une éthique, une formation, des responsabilités.
C’est comme si on disait : “J’ai survécu à un accident de voiture, donc maintenant je suis moniteur d’auto-école.”
Et puis, petite nuance importante : perdre du poids n’est pas forcément une victoire, surtout si elle s’est faite au prix d’un contrôle rigide, d’un isolement social, d’une obsession pour l’alimentation ou le sport. Ce n’est pas toujours un happy end. Parfois, c’est juste le début d’un nouveau trouble.
- L’illusion de la légitimité : “Moi je sais, je l’ai vécu”
C’est un classique des réseaux sociaux : la glorification de l’expérience personnelle comme vérité universelle.
Et c’est là que le bât blesse. Parce que ce n’est pas parce que tu as vécu quelque chose que tu es apte à accompagner quelqu’un d’autre qui le vit aussi. Surtout quand ce quelqu’un est fragile, en détresse, avec une estime de soi au ras des pâquerettes.
Être pair-aidant, c’est précieux, mais encadré. Ça demande une posture. Une décentration. Et surtout, ça ne remplace pas le travail thérapeutique ou diététique.
- Des recettes miracles… et des dégâts bien réels
Ces programmes de perte de poids donnent l’illusion d’une méthode miracle. On les connaît tous, ces phrases :
- “Mon programme de 30 jours pour une nouvelle vie !”
- “Inscris-toi et découvre les 5 piliers de la transformation !”
- “Télécharge mon e-book gratuit (puis paie 149€ le mois suivant) !”
C’est bien marketé, c’est sexy, c’est rassurant. Et pourtant… c’est souvent vide de fond, et potentiellement toxique.
Parce que ces méthodes :
- Nient la complexité des troubles alimentaires,
- Vendent de la discipline là où il faudrait de la bienveillance,
- Foutent une pression énorme à des personnes en plein combat contre elles-mêmes.
Et quand ça ne marche pas, la faute retombe toujours sur la personne : “Tu n’as pas assez essayé”, “Tu n’es pas assez motivée”. Résultat ? Honte, culpabilité, auto-dévalorisation. Et parfois, rechute.
- La souffrance ne devrait jamais devenir un business model
Oui, le monde change. Oui, tout se monétise. Mais la souffrance ne devrait pas être un levier de vente.
Quand je vois des personnes fragiles, mal dans leur peau, investir leur argent dans des promesses creuses, je me dis qu’on a franchi une ligne rouge.
On n’est plus dans le partage. On est dans l’exploitation émotionnelle. Dans le “je sais ce que tu ressens, paie-moi et je te sauve”. C’est très séduisant… et extrêmement dangereux.
- Parenthèse personnelle : moi aussi, j’ai été tentée
Je ne parle pas de loin. J’ai été obèse. J’ai perdu du poids. J’ai fait tous les régimes.
J’ai cru que j’étais “guérie”. J’ai voulu partager, moi aussi. C’est humain.
Mais je suis aussi psy. Et cette double casquette m’a permis de prendre du recul. De comprendre que ma propre histoire n’était ni modèle, ni solution, ni produit à vendre.
Elle m’a rendue plus empathique, c’est vrai. Mais ce qui me rend compétente, c’est mon métier. Pas mon poids. Et ça change tout.
- Ce qu’on oublie souvent : les conséquences invisibles
Ces pseudo-coachings laissent des traces :
- des jeunes filles qui développent des TCA en suivant un programme “healthy”,
- des hommes qui tombent dans l’hypercontrôle sportif,
- des personnes qui culpabilisent de ne pas tenir un rythme insoutenable.
Le tout dans une ambiance de positivé toxique, où il ne faut surtout pas se plaindre : “Regarde, moi j’y suis arrivée, alors toi aussi tu peux. Tu veux ou tu veux pas ?”
Spoiler : la volonté ne guérit pas un trouble du comportement alimentaire.
Inspirer, oui. Accompagner, non. Pas sans formation.
Je ne suis pas là pour faire la chasse aux sorcières. Ni pour briser des élans sincères.
Mais si tu veux aider les autres, commence par te demander si tu es vraiment outillé·e pour ça. Parce que quand on accompagne quelqu’un qui souffre, ce n’est pas “juste du contenu”. C’est une responsabilité éthique.
Alors, inspire. Raconte. Écris. Partage.
Mais ne vends pas ta méthode comme une vérité universelle. Et surtout, ne joue pas avec la santé mentale des autres.
Parce que ce qui marche pour toi, n’est pas un raccourci pour les autres.
Et si tu fais partie de celles et ceux qui scrollent sur Instagram, avant d’acheter un programme de perte de poids, pose-toi cette question : est-ce vraiment ça, MA réponse, MA solution, ce qui est bon pour MOI, et moi seulement? A ceux qui hésitent à cliquer, à télécharger un e-book ou à acheter un programme perte de poids sur Instagram et TikTok : souviens-toi que ta vulnérabilité ne devrait jamais être une opportunité marketing. Ce dont tu as besoin, ce n’est pas d’une recette magique, c’est d’un espace sûr, d’une relation, d’une vraie aide.