Chaque année, c’est le même scénario : les vitrines débordent de chocolats, les enfants cherchent les œufs dans le jardin… et pendant ce temps-là, beaucoup d’adultes mènent une bataille beaucoup plus discrète : celle de la culpabilité alimentaire qui se joue dans leur tête : « oh mon Dieu, du chocolat ! comment résistez ?! »

 

Car oui à Pâques, il y a ceux qui mangent du chocolat… et ceux qui en mangent mais en se jugeant à chaque bouchée et en se culpabilisant après.

 

En consultation, à cette période, les phrases reviennent presque toujours à l’identique, chaque année, comme si tout le monde avait reçu le même script ; et comment il pourrait s’appeler ce scénario : Chocolat et Culpabilité, assurément ! Il y aurait deux épisodes de cette série : Episode 1 : Avant Pâques, anxiété et résolutions ! et l’épisode 2 : Après Pâques, dégoût et culpabilité !

 

Avant Pâques : quand le chocolat devient un problème… avant même d’être mangé !

 

Quelques jours avant Pâques, quelque chose se met déjà en place dans la tête de mes patients : « cette année, il faut que je fasse attention », « je vais essayer de ne pas trop en manger », « je vais me contrôler » …

Dit comme ça, ça paraît raisonnable ! Mais en réalité, c’est souvent le point de départ du problème justement ! Et pourquoi me direz-vous ? Parce que le cerveau ne comprend pas « je vais faire attention ». Il comprend : « le chocolat est dangereux » et « il va falloir lutter »

Et dès qu’il y a lutte… il y a tension.

 

Et alors , voici ce que j’entends souvent en consultation : « je savais que ça allait être compliqué… », « j’y pensais déjà toute la semaine », « j’avais peur de perdre le contrôle »… la culpabilité alimentaire est au centre de nos séances!

Et cette peur… prépare exactement ce qu’elle redoute. CQFD

Car plus on essaie de contrôler, plus le chocolat prend de la place dans nos pensées. Un peu comme si on lui donnait un rôle principal dans un film… dont on ne voulait même pas être spectateur !

 

Pendant Pâques : le chocolat, ce « faux » simple plaisir

 

Le jour J arrive : officiellement, on mange du chocolat pour le plaisir ; mais en réalité, il se passe souvent autre chose chez mes patients ! Parce que pour nombre d’entre eux le chocolat, à Pâques, n’est pas neutre : il est chargé de souvenirs d’enfance, de moments en famille, de traditions, d’émotions parfois joyeuses… parfois plus ambivalentes et difficiles ….

 

Et en plus il arrive dans un contexte particulier : week-end prolongé, rythme ralenti, parfois solitude ou ennui… Et puis on se retrouve 3 jours en famille, ça peut réactivé des scénarios familiaux … bref, le chocolat c’est notre Dame de Compagnie, notre compagnon sur lequel on s’appuie quand on est tendu dans ce weekend en famille !

 

Le chocolat comme “doudou émotionnel”

 

Car oui à Pâques on ne mange pas seulement du chocolat ; on mange un moment, une ambiance, un souvenir… parfois même un manque.

Ce que j’entends en séance souvent c’est : « je n’avais même pas faim… », « j’ai commencé sans réfléchir… », « « sur le moment, ça m’a fait du bien », « je les écoutais parler et je ne pouvais pas m’empêcher de manger du chocolat pendant ce temps-là ! », etc.

 

Et c’est là qu’il faut être clair les amis : ce n’est pas un problème de volonté, ce n’est pas un « dérapage », c’est juste humain !

 

Après Pâques : quand la culpabilité alimentaire prend le dessus

 

Parce que ce avouons-le les amis, ce qui fait vraiment souffrir… ce n’est pas le chocolat ; c’est ce qui arrive juste après, vous savez ces petites voix perfides qui jaillissent de nulle part, à part de notre tête ! C’est là que la culpabilité alimentaire s’installe durablement, bien après que le chocolat a disparu.

 

Le dialogue intérieur (eh oui c’est là que ça pique !)

 

Après Pâques, en consultation, c’est là que les mots sont souvent durs : « je suis nulle », « je n’ai aucune volonté », « je me dégoûte », « j’ai tout gâché » … (alors que le vrai problème c’est la culpabilité alimentaire!)

En quelques minutes, mes patients sont passés et peut-être vous qui me lisez, êtes passé du plaisir à une remise en question globale de soi ! Comme si manger du chocolat devenait une preuve d’échec personnel…

 

Le piège du « je compense demain » démarre : très vite, une idée apparaît : « demain, je me reprends », « je fais attention », « je compense ». Et c’est là que le piège se referme : parce que ce fonctionnement entretient un cycle bien connu : restriction, frustration, perte de contrôle, culpabilité… et on recommence encore et toujours !

 

Car le chocolat est déjà digéré ; mais la culpabilité, elle, reste. Et parfois bien plus longtemps malheureusement ! Et c’est elle, la culpabilité justement qui entretient le problème. Pas le chocolat !

 

Une anecdote personnelle (parce que j’y suis passée aussi !)

 

Je me souviens très bien d’un Pâques où j’avais décidé d’être « raisonnable » (oui, déjà à l’époque, j’aimais les défis impossibles !), je m’étais dit : «  allez cette année je vais gérer » ; eh bien résultat : j’ai passé la journée à penser au chocolat, et au final j’en ai mangé plus que prévu… et surtout, j’ai passé la soirée à me juger ! Mais pas à cause de ce que j’avais mangé. Mais à cause de ce que je me racontais !

Et avec le recul, je me dis souvent que si j’avais juste mangé… sans me faire la guerre derrière, ça aurait été une journée parfaitement normale !

 

Pourquoi certaines personnes vivent ça… et d’autres pas du tout ?

 

Ah ça c’est une vraie question. Et la réponse n’est pas « elles ont plus de volonté » !

La différence se situe dans le rapport à la nourriture et avec soi-même : ces personnes mangent avec souplesse, ne culpabilisent pas ensuite et ne donnent pas de valeur morale aux aliments. Parc contre il en existe d’autres ont une histoire de régimes, une relation compliquée au corps, un besoin de contrôle, une culpabilité très présente.

Et dans ce contexte, le chocolat peut devenir un déclencheur. Pas à cause de lui, mais à cause de ce qu’il représente.

 

Et si on changeait juste une chose cette année ?

 

Pas besoin de tout révolutionner, pas besoin de « gérer parfaitement », pas besoin de se limiter voire de se priver. Juste une chose : changer son regard, changez votre regard après ! (vous voyez c’est très simple !)

 

Observer plutôt que juger, comprendre plutôt que condamner, se parler autrement. Pas pour être parfait, mais juste pour sortir de ce cycle. Car le chocolat passe, mais la culpabilité, elle, elle s’installe. Et c’est ça le vrai problème.

Parce qu’au fond, ce n’est jamais vraiment le chocolat qui fait souffrir, c’est le regard, votre regard, qu’on porte sur soi/vous après.

Vous savez, ce moment où, en quelques secondes, on bascule du plaisir à la honte, de la légèreté au contrôle, de « j’ai mangé du chocolat » à « je suis vraiment nulle ».

Et si, cette année, on essayait autre chose ? Non pas chercher à manger parfaitement. (en plus spoiler : ça n’existe pas !) Mais plutôt : se laisser tranquille, accepter et ne pas chercher à compenser. Et puis surtout : ne pas se faire la guerre après !

Parce que personne ne développe un trouble alimentaire à cause d’un week-end de Pâques. ( En revanche, beaucoup les entretiennent à cause de ce cycle infernal !)

 

Alors cette année, peut-être que le vrai défi n’est pas de résister au chocolat mais plutôt de se parler autrement. Et ça, entre nous, c’est un défi bien plus intéressant que de dire non à un lapin en chocolat !

 

Joyeuses Pâques à tous !

 

D’ailleurs, si vous vous êtes déjà demandé si vous étiez “addict au chocolat”, j’en parle dans cet article :
https://www.troubles-alimentaires.fr/psychologie/addiction-au-chocolat/

(Vous verrez que le problème est rarement là où on le pense.)