Une fois n’est pas coutume, je vais vous raconter une histoire qui m’est arrivée il y a quelques jours …
Depuis 5 ans, comme tous les jours (ou presque ! ?) je vais à la salle de sport.
Mais depuis quelques mois, plus motivée que jamais …

Et pour cause, j’ai repris quelques kilos ! (Eh oui ça arrive à tout le monde ?).
Une femme s’approche de moi et, pensant que j’étais une débutante, me dit : « C’est bien que tu viennes ! Tu verras, après tu seras bonne »

Alors que dire ? …
Passée la trivialité de la phrase, sa dureté m’a envahie … : « Après…. »
Évidemment elle ne sait rien de moi, de mon histoire, de mon combat contre les kilos, de mes opérations, de mes cicatrices (au sens propre comme au figuré) ….

Mais l’effet est là et je ne peux m’empêcher de me répéter en boucle : « Après… Après tu seras bonne » …

Cela serait vous mentir de vous dire que cela m’a laissée de glace. Pour être honnête avec vous, ça m’a blessée… (ce n’est pas parce que je suis psy que je n’en reste pas moins susceptible et pas moins une femme Alors imaginez une femme susceptible ! ?

En plus c’est mal tombé, elle me l’aurait dit il y a quelques mois, avant que je ne reprenne un peu de poids, ça m’aurait amusée… (enfin je crois) Mais là, c’est tombé pile dans le talon d’Achille et pile au mauvais moment …

Mais ça m’a amené à réfléchir :

  • au départ je me suis dit qu’elle avait raison,#calimero
  • après je me suis dit qu’elle avait tort #angrybirds
  • après je me suis dit qu’elle allait voir de quoi j’étais capable #rocky
  • et puis après je me suis dit que j’allais réfléchir #intello
  • et enfin je me suis dit que j’allais partager avec vous le fruit de mes réflexions #jesuissympa

 

I- L’IMAGE DU CORPS

La plupart des phrases qui blessent touchent souvent l’image corporelle…(eh oui pas de bol c’est ce qu’on voir en premier!)

Les personnes atteintes de TCA se détaillent, morcellent, se comparent, s’évaluent, se pèsent, se scrutent, se critiquent, bref elles sont insatisfaites de leur corps ; pire celui-ci est la cause de leur souffrance ….

Alors en retour, elles le malmènent, le violentent à coups de restrictions, de conduites sportives excessives, de nourritures compensatrices, de vomissements… La mesure de l’estime de Soi est alors corrélée à l’estime corporelle :

« je trouve mon corps moche alors je suis moche ; je ne m’aime pas alors personne ne peut m’aimer ainsi… »

L’idée que l’on a de son corps n’est pas la réalité mais une image… c’est une représentation mentale que l’on a de son corps et de son attirance. Elle résulte d’interactions entre le corps, le psychisme, l’histoire personnelle et son environnement.

C’est donc un ensemble de jugements que l’on se porte, une vision que l’on se fait de soi-même, acquis dans le temps selon nos expériences bienveillantes ou non…

Par exemple, pour ma part,  j’ai les ongles longs depuis le jour où, au collège, une prof de maths m’a dit que mes doigts ressemblaient à des Knackis ! Ça fait plus de 30 ans, mais ça résonne toujours dans ma tête quand je me casse un ongle ! oui je sais c’est bête et pas grave, mais ça fait ressurgir une émotion désagréable… mais je me soigne !

Je le répète,  l’image corporelle n’est pas la réalité :« Je me sens moche » est différent de « je suis moche » (ah oui en effet c’est pas pareil!!). C’est une pensée, une opinion que l’on s’est fait, que l’on a sur soi…

Donc bonne nouvelle: ce n’est pas mon corps le véritable problème, ce sont les pensées et les jugements qu’on porte sur lui. (Et ça c’est plutôt cool, car les pensées il suffit de les changer, comme un nettoyage de disque dur !)

 

II-       LE REGARD DE SOI SUR SOI & SUR SON CORPS

  • Des pensées, des jugements:  je m’aime moi non plus

Mais alors qu’est ce qui nous empêche de nouer une relation harmonieuse avec notre corps ?

Bien sûr il y a le culte de la minceur, celui aussi de la fermeté, de la jeunesse, la pression d’être dans la/les norme(s) (à ne pas confondre avec l’énorme !), le « poids » de notre histoire personnelle… En fait tout cela pèse lourd (dans tous les sens du terme) et a été, est et déterminera le regard que nous posons sur nous-mêmes…

Malheureusement, le regard sur Soi est rarement bienveillant…et c’est bien dommage car c’est cette bienveillance qui engendre la confiance en soi.

  • Des morceaux : moi version puzzle

Si on est honnête, on ne se voit jamais tel que nous sommes : nous ne connaissons de nous que des morceaux (on ne se voit pas en intégralité et ce, même si on se regarde dans un miroir, on ne voit pas son dos, sa nuque…sur une photo, c’est un reflet capturé mais pas la réalité dans son ensemble) ; nous ne connaissons que des reflets fugaces, parcellaires….Alors quand on voit un petit défaut, on globalise tout son corps : « j’ai des gros mollets donc je suis grosse », « je n’ai pas de jolies jambes donc je ne suis pas jolie », etc.

Par conséquent notre perception de nous-même ne peut être que fausse et/ou déformée par nos émotions, nos souvenirs, nos attentes… D’ailleurs c’est souvent là que se situe le problème : il y a un gap entre notre corps réel et le corps qu’on aimerait avoir

  • Des sensations : je ne peux plus me sentir

Mais l’image que l’on se fait de son corps n’est pas que visuelle ; elle est également faite de ressentis ; on se voit comme on se sent : « je me sens lourde, donc je suis lourde », « je me sens affreuse, donc je suis affreuse », « je me sens fatiguée donc je suis fatiguée » … En résumé, notre image de nous-même est aussi dépendante de nos émotions

  • Des souvenirs : j’étais mieux/moins bien avant (rayer la mention inutile)

Mais notre corps a aussi une mémoire et notre image de nous-même s’est construite dans le temps, et ce depuis notre prime enfance. Les évènements du passé ont laissé des traces (réelles ou symboliques) qui influencent fortement notre relation à nous-même : si on s’est senti aimé, si on a pris soin de nous, si on nous a complimenté ou au contraire dénigré, critiqué… Nous ne nous voyons pas toujours tels que nous sommes mais tels que nous avons été aimés, traités par le passé … Notre corps porte alors la marque des mots, de la gentillesse ou de la méchanceté, de la fierté ou du dégoût qu’il a inspiré à nos parents, nos amis, notre environnement…L’image que nous avons de notre corps est donc une image affective.

Alors, en cherchant à modifier ce corps qui nous fait souffrir et nous a fait souffrir, nous cherchons à réparer ce qui a été blessé par le passé… Malheureusement ce n’est pas en malmenant son corps, en se traitant mal, que l’on va panser nos blessures et que l’on aura une image positive de Soi.

 

III-       LE REGARD DES AUTRES : je ne m’aime pas, toi non plus tu ne m’aimes pas

Alors on revient au point de départ : si notre regard actuel sur nous-même dépend du regard que les autres ont bien voulu avoir sur nous, nous sommes en partie bien dépendant du regard d’Autrui sur nous…Nous ne nous voyons pas tels que nous sommes mais tels que nous avons été regardés par le passé …

  • Enfants : les regards portés sur nous n’ont pas été neutres : selon qu’ils ont été bienveillants ou non (eh oui toujours cette fichue bienveillance!) … et la bienveillance dans la prime enfance est essentielle car elle engendre une confiance en soi chez l’enfant qui l’accompagnera toute sa vie…Or les parents : les professeurs / les copains sont souvent enclins à souligner ce qui ne va pas ou ce qu’il faudrait améliorer chez nous plutôt que ce qui va…Parfois encore, les conseils sont perçus comme des critiques, et des complexes peuvent surgir …
  • Adultes: en revanche, c’est l’inverse qui se produit : le regard des autres sur nous dépend du regard que nous posons sur nous : si je me sens moche et pas intéressante, je vais envoyer des signaux allant dans ce sens, je ne vais pas prendre soin de moi, je vais peut-être marcher les épaules basses en fixant le sol, être peu souriante et personne n’osera venir me parler et je donnerai raison à ma croyance (fausse) de départ …

Et là on en revient au point de départ l’importance du regard de Soi sur soi et de la confiance en soi. (Pff, c’est le chat qui se mord la queue là non ?!)

Arrêtons-là de chercher les causes, et si on essayait plutôt de trouver des solutions, ça serait mieux non ?…

 

IV-          FAIRE LA PAIX AVEC SOI & AVEC LES AUTRES

  • Avec les autres

Le regard des autres est-il aussi important qu’on le pense ? Vous souciez-vous vraiment de combien pèse votre voisin/voisine ? De ce qu’a mangé votre collègue ? De l’avenir sportif d’un inconnu croisé dans le bus ? NON !

Eh bien bonne nouvelle : rassurez-vous, eux non plus ne se soucient pas de vous !

Alors pourquoi accordez autant d’importance à des gens qui se fichent de vous ? pourquoi ces mêmes personnes (qui n’en ont rien à faire de vous je vous le rappelle !) auraient donc de l’emprise sur l’estime et la confiance en vous ?

Même si on ne peut pas empêcher les gens de parler, d’avoir des jugements sur nous, il est important de s’en détacher… On ne peut pas contrôler ce que les gens pensent de nous ; en revanche on peut contrôler l’impact (ou non) que ça aura pour nous et sur nous.

Comment me direz-vous ? En ayant/reprenant confiance en vous ! (oui je sais facile à dire… mais pas que !)

  • Avec Soi

En fait on cherche tous la même chose : être accepté et aimé. Pour ce faire, certains sont prêts à changer leurs apparences (en perdant/prenant du poids, du muscle…), leurs comportements, leurs modes de vie, leurs pensées… bref, ils se trahissent eux-mêmes.

Et pourquoi ? Pour paraître « aimable » aux yeux des autres… mais accorder trop d’importance aux regards des autres, c’est mettre en doute son estime et la confiance en soi, alors arrêtez !

En fait la prison du regard d’autrui, c’est vous-même qui l’avez construite en lui accordant trop d’importance… mais si c’est vous qui l’avez érigée, c’est vous qui pouvez décider de vous en libérer. Vous avez été capable de construire chaque mur et chaque barreau, alors vous êtes tout autant capable de les enlever un par un : alors n’attendez plus et évadez-vous de votre prison !

Alors ne vous trompez-pas : ce qui vous fait mal, ce n’est pas votre corps, c’est avant tout votre tête : il faut modifier le regard que vous portez sur vous…

 

  • PETITS CONSEILS
  • Arrêter de se juger mais apprendre à regarder autrement, sans se dénigrer ;
  • Se regarder avec bienveillance : pour une fois changer votre disque, vous connaissez bien vos défauts mais à présent faites la liste de vos qualités tant physiques que psychologiques ;
  • Regarder ce que vous avez, ce que vous êtes au lieu de ce que vous n’êtes/n’avez pas ;
  • Cesser de se maltraiter mentalement et physiquement
  • Faire la paix avec soi-même
  • Se rappeler que l’estime de soi et la valeur de votre corps vous appartient ; répétez-vous que « la confiance en moi ne dépend pas du regard des autres », « je veux me sentir bien avec mon corps et je ne laisserai personne se mettre en lui et moi », etc.
  • Et souvenez-vous que votre opinion est celle qui compte le plus ; ne laissez pas les autres vous dicter vos émotions et vos comportements, sinon votre confiance en vous sera toujours fragile…

 

Au terme de cet article, je repense à la phrase : « Après tu seras bonne » …

Eh bien le seul mérite et la seule incidence qu’elle aura eu sur moi et ma vie, c’est de me faire écrire cet article ; donc c’est déjà pas mal…

Et à cette femme je lui dirai : « je sais qui je suis, je sais le corps que j’ai, je sais d’où je viens, je sais où j’en suis, je sais où je veux aller …je ne suis pas sûre que tu puisses en dire autant mais toi aussi, peut-être après… » ?

Sur ce cher lecteur et chère lectrice, je vous souhaite un excellent mois d’août, reposez-vous et prenez bien soin de vous, de votre tête & de votre corps !

Rendez-vous Après… l’été !